Le rempart gallo-romain de Saintes,
les murs de la ville qui rétrécit
Au IIIe ou IVe siècle, Mediolanum Santonum abandonna 80 hectares de son territoire pour se barricader derrière 1,5 km de murs. Les fondations, à la Place des Récollets, sont parmi les derniers témoins remarquables visibles de ce repli.
Ce tronçon de mur calcaire, conservé dans un parc public de la Place des Récollets, est le principal vestige visible de l’enceinte qui entoura Mediolanum Santonum au Bas-Empire. Construit entre le dernier quart du IIIe siècle et le début du IVe, il délimitait un castrum de seulement 16 hectares — contre une ville ouverte d’au moins 100 hectares au temps de la prospérité. La visite se fait librement, sans billet, en une quinzaine de minutes.
Ce qu’il faut voir
Deux vestiges du même rempart, à cinq minutes l’un de l’autre. Le premier se touche et se photographie. Le second se regarde depuis la rue. Ensemble, ils donnent l’échelle de l’enceinte qui encercla Mediolanum Santonum au Bas-Empire.
Place des Récollets — les fondations en plein air
Placez-vous face aux fondations. Ces grands blocs de calcaire, posés à même le sol d’un parc public, sont les vestiges les plus accessibles de l’enceinte du Bas-Empire. On distingue clairement les assises de pierre réutilisées — certains blocs provenant de monuments antérieurs — et la technique de construction du mur : double parement avec blocage interne. La hauteur conservée atteint par endroits 1,50 m. En quinze minutes, on en fait le tour complet.
Rue Bernard — la coupe archéologique du mur
Pan de mur dégagé à la suite de la démolition de la morgue de l’ancien hôpital Saint-Louis dans les années 1980. La Rue Bernard longe ce vestige depuis la voie publique : on y lit en coupe la structure du mur — deux parements calcaires encadrant un blocage de mortier et de moellons. C’est une lecture archéologique rare, accessible sans entrer dans un parc ni passer par une grille.
Les meilleurs points de vue
- Face aux fondations, Place des Récollets Lumière basse (matin ou fin d’après-midi) — les blocs en relief
- Vue de dessus depuis le bord du parc Un angle plongeant montre l’extension des fondations
Histoire & Contexte
Quand Mediolanum se mura dans 16 hectares
À partir du IIIe siècle, les cités de la Gaule romaine se dotèrent d’enceintes défensives. Mediolanum Santonum n’est pas la première : le mouvement est général, dicté par l’instabilité politique et les pressions aux frontières qui caractérisent le Bas-Empire. Mais Saintes présente une particularité : trop éloignée du Limes pour avoir subi les raids de la fin du IIIe siècle, la ville n’a pas construit à la hâte. Les archéologues le notent — le mur est de bonne facture, soigné. Ce qui situerait sa construction plutôt au début du IVe siècle, dans une deuxième phase de fortification des cités gauloises.
La décision a un coût symbolique fort : réduire la ville à 16 hectares contre une cité ouverte d’au moins 100 hectares au Haut-Empire. Les quartiers périphériques sont abandonnés. Le castrum tourne le dos à sa propre histoire. L’enceinte mesure environ 1,5 kilomètre de périmètre ; elle épouse la Charente à l’est et au sud, la falaise au nord. Des tours de 8 mètres de diamètre se succèdent tous les 35 mètres — un actus romain. Deux portes sont attestées par la toponymie médiévale : la Porte de l’Aiguière (rue Alsace-Lorraine) et la Porte de l’Évêque (peut-être place Saint-Louis).
Un mur fait des pierres des temples
Ce qui distingue ce rempart des autres enceintes du Bas-Empire, c’est son mode de construction. Mediolanum n’a pas taillé de nouvelles pierres : elle a démoli ses propres monuments publics du Haut-Empire pour alimenter les chantiers du mur. Temples, forum, basilique, édifices civils — tout ce qui ne servait plus, ou que la ville réduite ne pouvait plus entretenir, est cannibalisé.
Le résultat : un mur-catalogue involontaire de l’architecture de la ville du Ier et du IIe siècle. Parmi les éléments identifiés dans les fondations et les parements : fûts de colonnes, chapiteaux, corniches, pilastres, frises doriques ornées de métopes sculptées — une louve romaine allaitant Romulus et Rémus, une chouette athénienne, des bucranes séparés par des triglyphes. En 1887, l’abbé Laferrière fouille les fondations et y découvre une épitaphe de Caius Julius Macer. En 1979, Louis Maurin documente 12 mètres de mur rue Bernard. Chaque fouille confirme la même pratique : le remploi systématique, organisé, de l’architecture antérieure. Le rempart est à la fois la fin d’une ville et l’inventaire de ce qu’elle fut.
La découverte de 2004, lors d’un diagnostic archéologique sur le site Saint-Rémy, a révélé que le mur n’était pas la seule défense de la ville : deux fossés en V le précédaient. Le fossé extérieur mesurait jusqu’à 4 mètres de large pour 2 mètres de profondeur ; le fossé intérieur, jusqu’à 7 mètres de large pour 3 mètres de profondeur, séparés de 1,60 à 2,50 mètres. Des fouilles complémentaires (2006, 2008-2009) ont permis de restituer environ 900 mètres de ce dispositif. Ce que vous voyez aujourd’hui — les fondations d’un seul mur — est la partie émergée d’un système défensif bien plus élaboré.
— D’après mediolanum-santonum.fr et les rapports de diagnostics archéologiques (2004-2009).
Galerie photos
Bon à savoir
Meilleur moment
- Lumière matinale ou fin d’après-midi — les ombres portées entre les blocs calcaires révèlent les joints et les détails de taille
- Éviter la lumière rasante d’été en milieu de journée : tout s’aplatit
Ce qui peut décevoir
- Les vestiges sont peu spectaculaires : fondations en surface et fragment de mur, sans reconstitution in situ
- L’intérêt est intellectuel — comprendre ce que signifie une ville qui se referme sur elle-même
- Sans préparation ou sans l’app Mediolanum 3D, la visite reste superficielle
App Mediolanum 3D
Public & accès
- Peu adapté aux enfants de moins de 10 ans sans préparation — intéressant dès 10-12 ans avec contexte historique
- Terrain plat côté Place des Récollets : a priori accessible PMR et poussettes
- Chiens acceptés (parc public, accès libre)
Questions fréquentes
Pour aller plus loin
Pour approfondir l’histoire du rempart, de l’enceinte du Bas-Empire et de la Saintes romaine.
Ressources gratuites
Pages détaillées sur l’enceinte (description, chronologie, plan restitué) et sur la découverte du double fossé défensif (diagnostics 2004-2009).
Synthèse accessible sur l’histoire, la description architecturale et le contexte archéologique du rempart.
Notice officielle du classement Monument Historique (décret du 1er septembre 1977), avec données cadastrales et historique de protection.
Localisation & itinéraire
Après cette visite
Circuit : Saintes gallo-romaine — demi-journée
Arc de Germanicus → Musée Archéologique → Rempart → Thermes de Saint-Saloine → Amphithéâtre
Voir l’itinéraire complet