Ier–IIe siècle apr. J.-C. Mediolanum Santonum

Les thermes de Saint-Saloine,
bains publics de Mediolanum

Au flanc d’un coteau, ces vestiges de 8 000 m² racontent la vie quotidienne d’une capitale romaine — un lieu où l’on se lavait, commerçait et débattait, alimenté par un réseau d’aqueducs de plusieurs dizaines de kilomètres.

Vestiges des thermes gallo-romains de Saint-Saloine à Saintes, mur à niches du caldarium

Les thermes de Saint-Saloine sont les vestiges de l’un des établissements de bains publics de Mediolanum Santonum — la grande capitale romaine de l’Aquitaine. Construits vers 70-80 apr. J.-C. sous les empereurs flaviens, ils couvraient près de 8 000 m² en terrasses sur le flanc d’un coteau, au nord de la cité. Ce qu’on voit aujourd’hui — un imposant mur à niches alternées, semi-circulaires et quadrangulaires — est la trace du caldarium, la salle des bains chauds. Ou, selon l’archéologue Alain Bouet, celle d’une fontaine monumentale. Un site discret, gratuit, ouvert à tous, qui dit plus qu’il ne montre — à condition de savoir lire les pierres.

Ce qu’il faut voir


Quinze minutes suffisent pour faire le tour des vestiges. Mais avec les bons repères, ces quinze minutes racontent deux mille ans.

Incontournables
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Le mur à niches — caldarium ou fontaine monumentale

Placez-vous face au mur sud. C’est la pièce maîtresse du site : un mur massif, rythmé par des niches en cul-de-four — alternativement semi-circulaires et quadrangulaires. Pendant plus d’un siècle, on y a vu le mur de soutènement du caldarium. En 2006, l’archéologue Alain Bouet a proposé une lecture différente : ces niches auraient accueilli une fontaine monumentale alimentée par des tuyaux en plomb. Le débat reste ouvert. Observez la pierre : le calcaire local, patiné par vingt siècles d’intempéries, garde la trace de l’enduit qui recouvrait autrefois toute la façade.

Face sud du site, visible depuis la rue des Thermes Romains 5–10 min
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L’abside sud

Au bout du mur, une grande abside semi-circulaire de 4,6 mètres de diamètre, conservée sur plus de 2 mètres de hauteur. Son interprétation fait débat : certains y voient les fondations d’un pont aligné avec le cardo — l’axe nord-sud de la ville romaine. Alain Bouet privilégie un édifice religieux. Quoi qu’il en soit, l’appareillage de la pierre — régulier, soigné — témoigne de la qualité de la construction romaine.

Extrémité sud des vestiges 3–5 min
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La lecture en terrasses — imaginer les 8 000 m²

Prenez du recul. Les vestiges visibles ne représentent qu’un tiers du complexe d’origine. Le reste s’étendait sous vos pieds et vers le nord, sur 80 mètres en terrasses — vestiaires, salles tièdes, bassins froids, espaces de repos. Imaginez un établissement complet : le frigidarium, le tepidarium, le caldarium, les palestres pour l’exercice physique, peut-être même des boutiques. Un lieu de sociabilité autant que d’hygiène.

Se positionner en hauteur, côté cimetière Saint-Vivien 3 min
Recommandés
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Le cimetière Saint-Vivien et la mémoire du lieu

De l’autre côté de la rue, le cimetière Saint-Vivien prolonge une tradition funéraire millénaire. Quand les thermes sont abandonnés au IIIe siècle, le quartier se transforme en nécropole. Des sarcophages antiques et médiévaux ont été retrouvés dans ce périmètre. Une petite chapelle paléochrétienne — dédiée à Sainte Saloine, qui a donné son nom au site — fut installée dans les ruines des bains. L’église a disparu au XVIe siècle, mais le nom est resté.

Cimetière Saint-Vivien, de l’autre côté de la rue des Thermes Romains 3 min
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L’app Saintes Mediolanum 3D

L’application mobile (iOS / Android) permet de visualiser en réalité augmentée les thermes tels qu’ils apparaissaient au IIe siècle. Vues à 360° et environnement sonore reconstitué. Mieux vaut télécharger avant la visite — le réseau mobile peut être capricieux dans le quartier.

Télécharger avant la visite, iOS / Android 5–10 min

Les meilleurs points de vue

  • Face aux niches, depuis la rue Fin d’après-midi — le soleil rase la pierre et creuse les ombres dans les niches
  • En contre-plongée depuis le bas des terrasses L’effet monumental du mur de soutènement — cadrez serré pour accentuer la hauteur
  • Vue d’ensemble avec la végétation En été, le calcaire patiné encadré de verdure crée un contraste saisissant

Histoire & Contexte


Un quartier artisanal devenu complexe thermal

Avant les thermes, il y avait des ateliers. Sous Auguste, à la fin du Ier siècle avant notre ère, ce coteau au nord de Mediolanum accueillait un quartier artisanal — forges, poteries, activités de transformation. La ville était jeune, en pleine expansion, et les artisans s’installaient en périphérie.

Puis, sous les empereurs flaviens — Vespasien, Titus, Domitien —, entre 70 et 80 après J.-C., le quartier change de visage. Les ateliers cèdent la place à un vaste complexe de bains publics, construit en terrasses sur le flanc du coteau. Autour des thermes, des maisons individuelles luxueuses : le quartier est devenu résidentiel. C’est la marque d’une ville qui a grandi, qui s’urbanise à la romaine — et qui peut se payer le luxe d’une seconde adduction d’eau.

Le mur sud des thermes de Saint-Saloine vu depuis le bas des terrasses, niches alternées semi-circulaires et quadrangulaires
Le mur sud des thermes vu depuis le bas des terrasses — les niches alternées sont au cœur du débat archéologique. © Llann Wé² / CC BY-SA 3.0

L’eau de Mediolanum — un réseau d’aqueducs prodigieux

Les thermes ne fonctionnent pas sans eau. Et pas n’importe quelle eau — de l’eau courante, en abondance, sous pression. Mediolanum Santonum disposait de trois aqueducs successifs, prouesse d’ingénierie qui dit à elle seule l’ambition de la cité.

Le premier, construit vers 20 avant J.-C. sous Auguste, captait les sources karstiques de Font-Morillon à Fontcouverte — 17 kilomètres de conduite souterraine et aérienne pour alimenter 6 000 à 8 000 habitants. Il est classé Monument Historique dans son intégralité depuis 2011. Le deuxième, contemporain des thermes de Saint-Saloine, amenait l’eau depuis les sources de Vénérand et Le Douhet, à 15 kilomètres — un débit estimé à 120 000 mètres cubes par jour.

C’est cette eau qui arrivait aux thermes de Saint-Saloine. Imaginez : chauffée dans les fourneaux du praefurnium, elle circulait sous les sols du caldarium grâce au système d’hypocauste — un plancher surélevé sur des pilettes de briques, sous lequel l’air chaud circulait. Elle alimentait les bassins, les fontaines, les latrines. Puis elle repartait par un réseau d’égouts vers la Charente.

De Camille de La Croix à Alain Bouet — deux siècles de regard sur les pierres

Pendant des siècles, personne ne sait ce que sont ces ruines. On parle d’un temple. D’un palais. D’une forteresse. Le site appartient à la famille Morand, qui entreprend des fouilles dans les dernières décennies du XIXe siècle sans méthode scientifique rigoureuse.

En 1880, tout change. Les membres de la Société d’Archéologie et d’Histoire de Saintes font appel au père Camille de La Croix — pionnier de l’archéologie régionale. La Croix examine les vestiges et tranche : ce ne sont pas les ruines d’un temple, mais celles de thermes romains. L’identification est fondatrice. En 1904, le site est classé Monument Historique. En 1906, la Commission des Arts lance des fouilles d’envergure — dont les résultats, hélas, ne seront jamais publiés.

« Le mur à niches n’est pas un simple mur de soutènement du caldarium — c’est une fontaine monumentale, alimentée par des tuyaux en plomb, qui offrait aux usagers un spectacle d’eau en façade. »

— Alain Bouet, Aquitania, tome 22, 2006

Il faut attendre 2006 pour qu’un regard neuf renouvelle la compréhension du site. L’archéologue Alain Bouet, professeur à l’Université Bordeaux Montaigne et spécialiste des thermes romains de Gaule, publie une étude de référence dans la revue Aquitania. Sa thèse : le mur à niches n’est pas le mur de soutènement du caldarium — c’est une fontaine monumentale alimentée par des tuyaux en plomb. L’hypothèse bouscule un siècle de certitudes et ouvre un débat qui, en 2025, n’est toujours pas clos.

Le saviez-vous ?

Le nom « Saint-Saloine » ne vient pas du monde romain. Quand les thermes sont abandonnés au IIIe siècle, le quartier se transforme en nécropole. Une petite chapelle paléochrétienne est installée dans les ruines des bains — dédiée à Sainte Saloine. L’église a disparu depuis le XVIe siècle, mais son nom est resté, porté par les pierres romaines depuis quinze siècles.

— Source : tradition locale et toponymie historique.

Galerie photos


Le mur à niches du caldarium des thermes de Saint-Saloine à Saintes
La niche principale et le lion
Conduit hydraulique souterrain des thermes gallo-romains de Saint-Saloine à Saintes
Conduit hydraulique souterrain
Bassin thermal rectangulaire des thermes de Saint-Saloine à Saintes
Bassin thermal rectangulaire
Vue d'ensemble en terrasses des vestiges des thermes de Saint-Saloine à Saintes
Vue d’ensemble en terrasses
Tombe Morand-Bertaud dans la nécropole des thermes de Saint-Saloine à Saintes
Tombe Morand-Bertaud — nécropole

Bon à savoir


Meilleur moment

  • Fin d’après-midi — le soleil rase les niches et creuse les ombres dans le calcaire
  • Journées du Patrimoine (3e week-end de septembre) : visites commentées gratuites
  • Journées de l’Archéologie (mi-juin) : conférences et présentations sur le site

Ce qui peut décevoir

  • Les vestiges sont modestes comparés à l’amphithéâtre : un mur, des niches, une abside
  • Pas de reconstitution visuelle in situ — tout repose sur l’imagination (ou l’app Mediolanum 3D)
  • Pas de boutique, de point d’eau, ni de sanitaires sur place

Combo recommandé

  • Amphithéâtre gallo-romain (15 min à pied, 5 €) — le monument le plus impressionnant de Saintes
  • Musée archéologique (10 min à pied, 5 €) — objets du quotidien, maquettes, terminal 3D
  • Arc de Germanicus (12 min à pied, gratuit) — complète le circuit gallo-romain

Terrain & équipement

  • Site en extérieur, terrain en pente, sol parfois irrégulier — chaussures fermées recommandées
  • Pas d’ombre en été : chapeau et bouteille d’eau indispensables
  • Chiens acceptés en laisse (site extérieur)
  • Vigilance avec les jeunes enfants (pas de barrière partout)

Questions fréquentes


Combien de temps faut-il pour visiter les thermes de Saint-Saloine ?

Comptez 15 à 20 minutes en visite libre. Si vous participez à une visite guidée organisée par l’Office de Tourisme en juillet-août, prévoyez 30 à 40 minutes. La visite est courte, mais les explications d’un guide changent la perception du site.

Les thermes de Saint-Saloine sont-ils accessibles aux personnes à mobilité réduite ?

Difficilement. Le site est en extérieur, implanté en terrasses sur une pente. Le sol est irrégulier et il n’y a pas d’aménagement PMR spécifique. Les vestiges sont toutefois visibles depuis la rue des Thermes Romains, ce qui permet un aperçu sans descendre sur le site.

Peut-on visiter les thermes avec des enfants ?

Oui. C’est un site en plein air, sans danger particulier, mais quelques précautions s’imposent (terrain en pente, pas de barrières partout). Les enfants apprécient surtout si un adulte leur raconte : les bains chauds, les fontaines, l’eau qui arrivait par des aqueducs de 15 kilomètres. Combiné avec l’amphithéâtre, ça fait une sortie complète.

Y a-t-il un lien entre les thermes et les aqueducs de Saintes ?

Direct. Les thermes publics ne fonctionnent pas sans eau courante — et en quantité. Mediolanum disposait de trois aqueducs successifs. Le deuxième, construit depuis Vénérand et Le Douhet (15 km), est contemporain des thermes de Saint-Saloine. L’aqueduc de Fontcouverte (17 km), le plus ancien, est classé Monument Historique et ses vestiges sont visibles sur la commune.

Pourquoi les appelle-t-on « thermes de Saint-Saloine » ?

Le nom vient d’une chapelle paléochrétienne dédiée à Sainte Saloine, installée dans les ruines des bains après leur abandon au IIIe siècle. Pendant plusieurs siècles, le sanctuaire a servi de repère dans le paysage — et son nom est resté, longtemps après la disparition de l’église au XVIe siècle.

Que reste-t-il exactement des thermes ?

Le complexe d’origine couvrait environ 8 000 m², mais seul le tiers sud-est est connu et visible aujourd’hui. Les vestiges principaux sont ceux du caldarium — la salle des bains chauds — avec un imposant mur à niches alternées. L’archéologue Alain Bouet a proposé en 2006 qu’il s’agisse plutôt d’une fontaine monumentale. Le débat scientifique reste ouvert.

Pour aller plus loin


Ressources gratuites

Mediolanum 3D
iOS / Android · Gratuit

Reconstitution en réalité augmentée des thermes et de la ville antique. Pointez votre téléphone vers les vestiges pour les voir tels qu’ils étaient au IIe siècle.

Association · Recherche & conférences

Le site de l’association d’archéologie locale : état des connaissances, photos, compte-rendus de conférences.

Site spécialisé · Patrimoine hydraulique

Le réseau d’aqueducs qui alimentait les thermes : tracés, vestiges visibles, pont-aqueduc de Fontcouverte.

Ouvrages de référence

Alain Bouet, « Les thermes Saint-Saloine à Saintes et leur fontaine monumentale »
Aquitania, tome 22, 2006, pp. 83-130

L’étude scientifique de référence. Dense, mais fondamentale pour comprendre le site.

Louis Maurin, Saintes antique
Guides archéologiques de la France

La monographie de référence sur Mediolanum Santonum.

Localisation & itinéraire


28 bis, rue des Thermes Romains, 17100 Saintes
À pied depuis le centre-ville : 10 min (~700 m)
Depuis la gare SNCF : 15 min en voiture (3 km)
Parking : rues du quartier Saint-Vivien / Cours Reverseaux (gratuit, ~600 m)

Après cette visite


15 min à pied

Amphithéâtre gallo-romain

L’un des plus anciens amphithéâtres de la Gaule romaine, construit avant le Colisée. Arènes, galeries souterraines, gradins de 15 000 places.

45 min–1h30 5 €
Découvrir
12 min à pied

Arc de Germanicus

Monument votif du Ier siècle, érigé au débouché du pont romain sur la Charente. Sauvé de la destruction en 1843 grâce à Prosper Mérimée.

15–20 min Gratuit
Découvrir
10 min à pied

Musée archéologique

Collections gallo-romaines de Mediolanum Santonum : sculptures, céramiques, stèles funéraires, dans un bâtiment signé Lacaton & Vassal.

30–45 min 5 €
Découvrir

Circuit : Saintes gallo-romaine — 1 journée

Thermes de Saint-Saloine → Amphithéâtre → Musée Archéologique → Arc de Germanicus → Rempart → Aqueduc de Fontcouverte

Voir l’itinéraire complet