L’arc de Germanicus à Saintes,
porte d’entrée de Mediolanum
Érigé en 18-19 apr. J.-C. au débouché du pont romain sur la Charente, cet arc votif à deux baies marquait l’entrée de la capitale de l’Aquitaine romaine. Il se dresse aujourd’hui à quelques mètres de son emplacement d’origine.
L’arc de Germanicus se dresse sur la rive droite de la Charente, à l’endroit où la via Agrippa — grande voie romaine reliant Lyon à l’Atlantique — entrait dans Mediolanum Santonum. Financé par un riche notable santon, dédié à l’empereur Tibère et à sa famille, ce n’est pas un arc de triomphe. C’est un arc votif : une offrande de calcaire et de colonnes corinthiennes, haute de près de 15 mètres, posée aux portes de la ville.
Ce qu’il faut voir
Quinze minutes suffisent pour faire le tour de l’arc. Mais avec les bons repères, ces quinze minutes changent tout. Voici ce qu’il faut chercher du regard — et dans quel ordre.
Les deux arches et la perspective sur la Charente
Placez-vous face au fleuve. Les deux baies de l’arc correspondent aux deux sens de circulation de la via Agrippa : il encadrait la vue du voyageur arrivant par le pont. Chaque ouverture mesure 3,80 m de large pour 9,70 m de haut sous voûte — assez pour laisser passer un char attelé sans ralentir. Aujourd’hui encore, cette double perspective donne l’échelle de ce qu’était l’entrée d’une capitale romaine.
L’inscription de dédicace
Levez les yeux vers l’attique. Sur la frise de l’entablement, chaque face porte les dédicaces à Tibère, Drusus et Germanicus. Mais le plus fascinant se lit dans le nom du donateur : C. Iulius Rufus, suivi de sa généalogie gauloise sur quatre générations. Son arrière-grand-père s’appelait Epotsoviridius. Son grand-père, Agedomopas — « au visage d’enfant » en gaulois. Rufus est le premier de la lignée à porter un nom latin. En quatre générations, l’élite santone est passée du monde celte au sommet de la hiérarchie romaine.
Les colonnes et chapiteaux corinthiens
Quatre paires de colonnes engagées, cannelées, rythment les pylônes de l’arc. Les chapiteaux à feuilles d’acanthe sont caractéristiques de l’architecture augustéenne. Approchez-vous : vous pouvez distinguer les pierres d’origine — grain plus grossier, patine sombre, surface érodée — des blocs remplacés lors de la restauration de 1851. Savoir le voir, c’est lire deux mille ans d’histoire dans la même colonne.
La face arrière et le pylône central
Faites le tour complet. La face côté Charente, moins photographiée, offre un point de vue différent sur la structure. Surtout, le pylône central — celui qui sépare les deux arches — est le mieux conservé : il présente la plus longue continuité de pierres romaines d’origine, identifiables à leur teinte ocre et à l’usure régulière du calcaire. C’est là que l’arc du Ier siècle est le plus lisible.
Le musée archéologique adjacent
À 50 mètres de l’arc, même trottoir. Le musée archéologique de Saintes abrite les objets du quotidien gallo-romain issus des fouilles de Mediolanum Santonum : bijoux, céramiques, fragments d’inscriptions, éléments d’architecture. Il donne à l’arc un contexte qui transforme la visite. Prévoir 30 à 45 minutes.
L’app Saintes Mediolanum 3D
L’application mobile (iOS / Android) permet de visualiser en réalité augmentée le pont romain disparu, avec l’arc dans sa position d’origine. Vues à 360° et environnement sonore reconstitué. Placez-vous sur les zones AR identifiées au sol. Mieux vaut télécharger avant la visite.
Les meilleurs points de vue
- Depuis les quais, rive droite Fin d’après-midi — reflet dans la Charente, calcaire doré
- Depuis le pont Palissy Vue de profil avec la Charente au premier plan
- En contre-plongée, au pied du pylône Effet monumental — les 14,71 m de hauteur
Histoire & Contexte
Un arc aux portes de la capitale romaine
Au début du Ier siècle, Mediolanum Santonum — l’actuelle Saintes — est la capitale de la province romaine de Grande Aquitaine. La ville est reliée à Lyon par la via Agrippa, l’une des grandes routes impériales. L’arc se dressait à l’arrivée de cette voie, au débouché du pont sur la Charente : la première chose que voyait un voyageur en entrant dans la cité.
Construit en 18-19 apr. J.-C., il mesure 15,80 m de large, 14,71 m de haut et 3,90 m d’épaisseur. Deux baies percées côte à côte correspondent aux deux sens de circulation. Le calcaire local est rythmé par des colonnes engagées et des chapiteaux corinthiens. L’entablement, au sommet, porte sur chaque face les noms de Tibère, de son fils Drusus et de son neveu Germanicus. La datation est précise — elle se déduit des titres de Germanicus gravés dans la pierre : entre janvier 18, date de son second consulat, et octobre 19, date de sa mort.
Ce n’est pas un arc de triomphe. Aucune victoire n’est célébrée ici. C’est un arc votif — une offrande personnelle d’un citoyen riche et ambitieux à la famille impériale.
C. Iulius Rufus — le mécène qui fit Lyon et Saintes
L’homme qui a payé cet arc s’appelle C. Iulius Rufus. Son nom est gravé sur l’entablement, suivi de sa généalogie : fils de Catuaneunius, petit-fils d’Agedomopas, arrière-petit-fils d’Epotsoviridius. Les noms parlent. En gaulois, Catu-aneunus signifie « celui qu’inspire le combat ». Agedomopatis, « au visage d’enfant ». Des noms celtes, portés avec fierté par des hommes qui avaient déjà obtenu la citoyenneté romaine depuis deux générations.
Rufus est le premier de la lignée à porter un nom latin. Inscrit dans la tribu Voltinia, il a gravi les échelons : préfet des ouvriers, puis prêtre de Rome et d’Auguste au sanctuaire fédéral du Confluent, à Lyon — la plus haute fonction religieuse des trois Gaules.
En 19 apr. J.-C., cette même année, il finance deux monuments. L’arc de Germanicus, offrande à sa cité natale. Et l’amphithéâtre des Trois Gaules à Lyon — le plus ancien de Gaule —, dont l’inscription dédicatoire, retrouvée en 1958, confirme qu’il en est le constructeur. Un homme, deux villes, deux monuments : la mesure de ce que pouvait accomplir un aristocrate santon au sommet de l’Empire.
Le sauvetage de 1843 — Hugo, Mérimée et le « barbare et dérisoire »
En 1843, le vieux pont de Saintes menace de s’effondrer. Il repose encore sur les piles du pont romain. La décision est prise de le démolir. L’arc, posé à son entrée depuis dix-huit siècles, est condamné avec lui.
Victor Hugo passe par Saintes à la fin du mois d’août. Il assiste au début du démontage. Dans ses carnets de voyage (France et Belgique, Alpes et Pyrénées), il note :
« On démolit en ce moment l’arc de triomphe pour le transporter ailleurs, dit-on. Opération barbare et dérisoire. Le pont est encombré des débris de l’arc mis en poussière. J’ai vu emporter la pierre numérotée C-S ; un cahot a failli faire verser la charrette ; un peu plus, la pierre tombait sur le pavé et s’en allait en miettes, comme les deux tiers du monument. »
— Victor Hugo, France et Belgique, Alpes et Pyrénées, 1843
Prosper Mérimée, alors inspecteur général des Monuments historiques, intervient. Soutenu par la Société d’Archéologie et d’Histoire de la Charente-Maritime — fondée quatre ans plus tôt —, il obtient que l’arc soit démonté pierre par pierre et remonté à proximité. Les travaux, dirigés par les architectes Jean-Jacques Clerget et Victor Fontorbe, s’achèvent en 1851. L’arc se retrouve 28 mètres plus loin, sur l’esplanade où vous le voyez aujourd’hui.
Beaucoup de pierres n’ont pas survécu au transport. La plupart des pilastres et chapiteaux visibles datent de cette restauration. Mais la structure est là. Les inscriptions sont là. Et le 5 juillet 1905, l’arc est classé Monument historique.
L’arc que vous voyez n’est pas tout à fait à sa place. Il se trouvait 28 mètres plus loin, au milieu de la Charente, à l’entrée du pont romain. En 1843, quand le pont a été démoli, chaque pierre a été numérotée à la craie, chargée sur une charrette et remontée ici. Victor Hugo, témoin du chantier, a vu l’une d’elles manquer de tomber d’un cahot de charrette — « un peu plus, la pierre tombait sur le pavé et s’en allait en miettes ».
— Source : Victor Hugo, France et Belgique, Alpes et Pyrénées, 1843.
Galerie photos
Bon à savoir
Meilleur moment
- Fin d’après-midi — le soleil dore la façade ouest
- Lumière idéale aussi pour les photos
Ce qui peut décevoir
- Monument extérieur seul — visite de 10-15 min
- L’intérêt est dans le détail (inscriptions, chapiteaux), pas dans la surface
Combo recommandé
- Enchaînez avec le musée archéologique — 50 m, même trottoir
- Comptez 30-45 min en plus pour le musée
Accès & animaux
- Terrain plat, accessible PMR et poussettes
- Chiens acceptés tenus en laisse
- App « Saintes Mediolanum 3D » à télécharger avant
Questions fréquentes
Pour aller plus loin
Pour approfondir l’histoire de l’arc, de son commanditaire et de la Saintes romaine.
Ressources gratuites
Reconstitution en réalité augmentée du pont romain et de l’arc dans son contexte d’origine. Vues 360° et environnement sonore.
Analyse complète des inscriptions latines de l’arc, avec restitutions et traductions.
Article de synthèse sur l’arc par la Société d’Archéologie et d’Histoire de la Charente-Maritime.
Le passage complet sur le démontage de l’arc, dans les propres mots de Hugo.
L’inscription qui prouve que Rufus a aussi construit l’amphithéâtre des Trois Gaules.
Ouvrages de référence
La monographie de référence sur la Saintes romaine.
Inventaire archéologique exhaustif du territoire saintais.
Le corpus épigraphique complet, dont l’inscription CIL XIII, 1036 de l’arc.
Localisation & itinéraire
Après cette visite
Circuit : Saintes gallo-romaine — 1 journée
Arc de Germanicus → Musée Archéologique → Thermes de Saint-Saloine → Rempart → Aqueduc → Amphithéâtre
Voir l’itinéraire complet