Le musée archéologique de Saintes,
mémoire de Mediolanum
Des amphores aux mosaïques, cent objets racontent le quotidien d’une capitale romaine — dans un écrin signé Lacaton & Vassal, au bord de la Charente.
Le musée archéologique de Saintes abrite ce que la terre a gardé de Mediolanum Santonum — la grande capitale romaine de l’Aquitaine. Dans une salle unique, une centaine d’objets dessinent le portrait d’une ville qui, du Ier au IIIe siècle, commerçait, priait, festoyait et bâtissait à la romaine. Stèles funéraires gravées en latin, céramiques fines venues de Campanie, verreries miraculeusement intactes : chaque vitrine est une fenêtre ouverte sur deux mille ans. Le bâtiment lui-même raconte une histoire — celle d’anciens abattoirs municipaux métamorphosés en 1995 par les architectes Lacaton & Vassal, vingt-six ans avant leur prix Pritzker. Une visite courte, dense, qui donne ses clés à tous les autres sites gallo-romains de la ville.
Ce qu’il faut voir
Suivez ce parcours pour une découverte progressive des collections — des pièces maîtresses aux outils numériques.
La tête d’Auguste
Approchez-vous de cette tête en marbre blanc, emblème du musée. Ce portrait d’Auguste — le premier empereur romain — a été retrouvé lors de fouilles à Saintes. Observez la finesse du modelé, la chevelure typique de l’iconographie augustéenne. Un visage qui, il y a deux mille ans, incarnait le pouvoir de Rome jusque dans cette province reculée de Gaule.
Les éléments de char et de harnachement
Parmi les découvertes les plus remarquables des fouilles saintaises : des pièces de harnachement en bronze et des éléments de char romain du Ier siècle. Ces vestiges — rares en Gaule occidentale — témoignent du rang des élites santones et de leur adoption rapide des codes romains. Les reconstitutions graphiques à proximité aident à visualiser l’attelage complet.
Les stèles funéraires et l’épigraphie
Levez les yeux vers ces grandes pierres gravées. Les stèles funéraires de Saintes ne sont pas de simples tombes : elles racontent des vies. Noms latins, métiers, liens familiaux — on y croise des affranchis devenus marchands, des artisans, des prêtresses. L’épigraphie latine, ici, n’est pas un exercice abstrait : c’est le registre civil d’une ville romaine.
Les vitrines thématiques
Six thèmes, six fenêtres sur le quotidien de Mediolanum : alimentation (amphores, vaisselle de table), parure et vêtement (fibules, bijoux en bronze), religion (statuettes de divinités, ex-voto), décor domestique (fragments de mosaïque, enduits peints), loisirs (dés, jetons de jeu) et urbanisme (éléments architecturaux, chapiteaux). Prenez le temps de passer d’une vitrine à l’autre — c’est ici que la vie romaine prend chair.
L’épave de Courbiac
Depuis septembre 2024, le musée expose les artefacts issus de l’épave de Courbiac — un navire de commerce antique découvert dans l’estuaire de la Gironde. Amphores à vin, objets de négoce : ces pièces rappellent que Saintes était aussi un carrefour fluvial et maritime, relié par la Charente au grand commerce atlantique.
Le terminal numérique interactif
Un écran tactile propose des reconstitutions en 3D de Mediolanum Santonum : le forum, les thermes, l’amphithéâtre tels qu’ils apparaissaient au IIe siècle. Un bon complément pour visualiser la ville avant d’arpenter ses vestiges en plein air.
Les meilleurs moments pour visiter
- En semaine, début d’après-midi — Salle calme, lumière naturelle par la façade Lacaton & Vassal
- Premier dimanche du mois — Entrée gratuite, mais affluence plus forte
- Après la visite de l’arc — Enchaîner les deux sites donne du contexte aux objets exposés
Histoire & Contexte
Un musée né d’une passion du XIXe siècle
L’histoire du musée commence en 1815, lorsque le baron Alexandre Chaudruc de Crazannes entreprend de rassembler les vestiges lapidaires dispersés dans Saintes. Colonnes, chapiteaux, fragments d’inscriptions : il sauve de l’oubli — et souvent de la destruction — des dizaines de pièces antiques. L’archéologue Charles Dangibeaud prend le relais à la fin du siècle, structurant les collections et leur donnant une cohérence scientifique.
Des abattoirs municipaux au temple du patrimoine
En 1931, les collections déménagent dans un bâtiment inattendu : les anciens abattoirs municipaux de Saintes, construits vers 1840 et désaffectés au début du XXe siècle. Le lieu est remanié pour évoquer l’architecture antique — colonnade dans la cour, aménagements intérieurs. Mais c’est en 1995 que le musée connaît sa transformation la plus remarquable : les architectes Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal conçoivent une façade en métal perforé, avec des panneaux pivotants qui filtrent la lumière et signalent l’entrée sans altérer les façades patrimoniales du secteur protégé. En 2008, la muséographie est entièrement repensée autour du thème « La vie quotidienne au temps des Gallo-Romains », avec six espaces thématiques et des supports de médiation modernes.
Mediolanum Santonum — une capitale au carrefour de l’Empire
Les objets exposés au musée prennent tout leur sens quand on mesure ce qu’était Saintes à l’époque romaine. Mediolanum Santonum, fondée au milieu du Ier siècle avant J.-C., était la capitale de la province d’Aquitaine — un statut considérable. La ville disposait d’un forum, de thermes monumentaux, d’un amphithéâtre de 15 000 places et d’un réseau d’aqueducs de 17 kilomètres. Chaque objet du musée — d’une simple fibule de bronze à un chapiteau sculpté — est le témoin direct de cette prospérité.
La façade du musée, signée Lacaton & Vassal en 1995, est l’une des toutes premières réalisations du duo bordelais — vingt-six ans avant qu’il ne reçoive le prix Pritzker, la plus haute distinction mondiale d’architecture.
— Source : Lacaton & Vassal, lacatonvassal.com
Bon à savoir
Meilleur moment
- En semaine l’après-midi, hors vacances scolaires
- Le 1er dimanche du mois est gratuit, mais plus fréquenté
- Idéal après une visite de l’Arc de Germanicus (1 min à pied)
Ce qui peut décevoir
- Un espace modeste : une salle principale et une cour
- Pas de dispositif vidéo ou immersif de grande envergure
- Visite rapide si l’on ne prend pas le temps de lire les cartels
Billet multi-sites
- Votre billet (5 €) donne accès à tous les musées et à l’amphithéâtre pendant 7 jours
- Profitez-en pour enchaîner les sites gallo-romains : arc, thermes, amphithéâtre
- Un des meilleurs rapports qualité-prix du patrimoine en Charente-Maritime
Familles & enfants
- Ateliers enfants en juillet-août (poterie, jeux antiques, chasses au trésor)
- Adapté dès 6 ans avec accompagnement
- Anniversaires au musée : contactez l’Office de Tourisme
Questions fréquentes
Combien de temps faut-il pour visiter le musée ?
Comptez 30 minutes en visite libre. Avec l’audioguide, prévoyez 45 minutes. La visite est plus courte que celle de l’amphithéâtre, mais gagne en profondeur si vous lisez les cartels et utilisez le terminal numérique.
Le musée est-il accessible aux personnes à mobilité réduite ?
Oui. L’accès est de plain-pied et la salle principale ne comporte pas de marches. Le musée est accessible en fauteuil roulant.
Peut-on visiter gratuitement ?
Le musée est gratuit pour les moins de 18 ans toute l’année, et pour tous le 1er dimanche de chaque mois. Des tarifs réduits (4 €) s’appliquent pour les étudiants, apprentis, personnes en situation de handicap et titulaires du Pass Culture.
Y a-t-il un audioguide ou des visites guidées ?
Un audioguide est disponible à l’accueil. Des visites guidées sont proposées en juillet et août par l’Office de Tourisme de Saintes. Le reste de l’année, la visite est libre, mais les cartels sont détaillés et un terminal interactif complète l’expérience.
Le musée convient-il aux enfants ?
Oui, dès 6 ans environ. En été, le musée propose des ateliers spécifiques : chasses au trésor, jeux antiques en plein air, ateliers de fabrication. Le reste de l’année, la visite est courte et les objets (sculptures, bijoux, céramiques) captivent facilement les plus jeunes.
Quel lien entre le musée et les autres sites gallo-romains de Saintes ?
Le musée est le point de départ idéal : il contextualise tout ce que vous verrez ensuite. Les objets exposés proviennent des fouilles menées sur l’amphithéâtre, les thermes et les nécropoles de la ville. Votre billet (5 €) est d’ailleurs valable 7 jours sur l’ensemble des musées et l’amphithéâtre — autant en profiter.
Pour aller plus loin
Ressources gratuites
La fiche officielle du musée sur le portail des musées de Nouvelle-Aquitaine : historique, œuvres numérisées, informations scientifiques.
Le site de l’association d’archéologie locale : conférences, publications, actualité des fouilles à Saintes.
Ouvrages de référence
La référence sur Mediolanum Santonum : urbanisme, monuments, vie quotidienne. Dense, mais passionnant.
Articles de fond sur les fouilles et découvertes à Saintes — pour ceux qui veulent creuser.
Localisation & itinéraire
Esplanade André-Malraux, 17100 Saintes
Après cette visite
Arc de Germanicus
Monument votif du Ier siècle, érigé au débouché du pont romain sur la Charente. Sauvé de la destruction en 1843 grâce à Prosper Mérimée.
Amphithéâtre gallo-romain
L’un des plus anciens amphithéâtres de la Gaule romaine, construit avant le Colisée. Arènes, galeries souterraines, gradins de 15 000 places.
Thermes de Saint-Saloine
Vestiges des bains publics alimentés par un aqueduc souterrain de 17 km — un tour de force d’ingénierie romaine.
Circuit : Saintes gallo-romaine — 1 journée
Musée Archéologique → Arc de Germanicus → Thermes de Saint-Saloine → Rempart → Aqueduc → Amphithéâtre
Voir l’itinéraire complet