Les aqueducs gallo-romains de Saintes,
17 km d’ingénierie romaine
De la source de Vénérand jusqu’au cœur de Mediolanum, trois aqueducs successifs ont alimenté Saintes pendant plus de quatre siècles. Ponts-canaux, tunnels voûtés et siphons en plomb : un réseau de 17 km à parcourir à votre rythme.
Contrairement à l’Arc ou aux Thermes, les aqueducs de Saintes ne se visitent pas d’un bloc. C’est un réseau qui traverse quatre communes — Vénérand, Le Douhet, Fontcouverte, Saintes — sur dix-sept kilomètres, bâti en trois chantiers successifs pour alimenter les thermes et les fontaines de la cité antique. Neuf dixièmes du tracé sont souterrains : on ne voit pas l’ouvrage, on suit sa logique. Pour en saisir le dessin avant d’affronter le terrain, commencez par la Maison des Aqueducs à Vénérand — elle donne les clés du reste.
Ce qu’il faut voir
Trois sites, trois communes, un même réseau. Commencez par la Maison des Aqueducs à Vénérand pour le décryptage, descendez à la Grand Font du Douhet pour voir la source captée, puis remontez au Pont des Arcs à Fontcouverte pour le seul vestige aérien. Compter une demi-journée libre, une journée avec visite guidée.
La Maison des Aqueducs — Vénérand
Ouvert en 2025, ce centre d’interprétation est installé dans un moulin à eau du XVIIe siècle bâti directement sur la source gallo-romaine de Vénérand. Trois niveaux d’exposition, maquettes, films d’immersion, objets de fouille — avec un focus sur la pierre de Crazannes. Deux formules : entrée simple (1h30, 4 € / 3 €) ou visite guidée 3h (14 € / 10 €) qui prolonge jusqu’à la Grand Font et fait entrer dans la canalisation antique. Sans ce décryptage, les vestiges extérieurs restent muets.
La Grand Font — Le Douhet
À 4 km de Vénérand, c’est la source captée la plus spectaculaire du réseau. Un escalier couvert descend à un bassin de rétention semi-circulaire de 3 mètres de diamètre. Derrière, une galerie voûtée souterraine, classée Monument Historique, est parfaitement conservée sur plusieurs dizaines de mètres — c’est la source monumentalisée du deuxième aqueduc. Pour entrer dans la canalisation, il faut passer par la visite guidée 3h ; en accès libre, on voit l’extérieur et l’amorce de la galerie.
Le Pont des Arcs — Fontcouverte
Seul vestige aérien du réseau encore debout. À l’origine 160 mètres de long, 27 arches, jusqu’à 16 mètres de haut : aujourd’hui il reste deux piles massives, dégagées et intégrées au parcours du golf Rouyer-Guillet. C’est le point où l’on comprend le passage du souterrain (90 % du tracé) à l’aérien : quand le relief l’imposait, l’eau franchissait les vallons sur des ponts-canaux comme celui-ci. Rester sur les chemins balisés — le golf est en activité.
Vallon de la Tonne & Vallon de la Berlingue
Vallon de la Tonne : bassin de jonction entre les branches de Vénérand et du Douhet. Pas d’aménagement touristique, intérêt strictement archéologique. Vallon de la Berlingue (Saintes) : terminus du réseau, sous l’avenue Jourdan. Les vestiges mis au jour en fouille ne sont plus visibles en surface, mais le lieu aide à boucler mentalement le parcours en ville.
Les meilleurs points de vue
- Piles du Pont des Arcs Fin d’après-midi — lumière rasante sur la pierre dégagée
- Escalier couvert de la Grand Font Jeu d’ombres et pierre blonde, préférer une lumière zénithale
- Maison des Aqueducs + bief du moulin Depuis le pont de la rue des Lavandières, matin ou fin de journée
Histoire & Contexte
Auguste, la Font-Morillon et les premières audaces (années 20 av. J.-C.)
Le premier aqueduc de Saintes remonte à la seconde moitié du Ier siècle avant notre ère, sous Auguste — en même temps que se trace la voie d’Agrippa qui relie Lyon à l’Atlantique. Il capte la Font-Morillon, à Fontcouverte, à six kilomètres à l’est de la future capitale santone. Comme l’explique l’archéologue Vincent Miailhe, quatre-vingt-dix pour cent du tracé file sous terre : les Romains ne construisent des ouvrages d’art que là où le relief l’exige.
Son débit reste modeste — trois à six mille mètres cubes par jour à l’état neuf —, et il décline vite sous l’effet des dépôts calcaires qui obstruent le canal. Il dessert alors six à huit mille habitants. Au bout d’une cinquantaine d’années, la ville a changé d’échelle : l’aqueduc des pionniers est dépassé.
Le grand chantier du Ier siècle — Vénérand, Le Douhet, 12 000 m³/jour
Au milieu du Ier siècle après J.-C., Mediolanum est capitale de l’Aquitaine. On bâtit les thermes Saint-Saloine, les fontaines publiques se multiplient : il faut plus d’eau, beaucoup plus. Le nouveau chantier capte deux sources — la diaclase de Vénérand (8 525 m³/jour selon les mesures de Jean-Louis Hillairet) et la Grand Font du Douhet. Les deux branches se rejoignent au Vallon de la Tonne, où un système d’évacuation complexe gère les excédents. Débit total : douze mille mètres cubes par jour.
C’est à ce chantier qu’on doit l’apogée technique du réseau : le pont d’Hautmont, avec ses soixante-deux arches étagées sur quatre cents mètres et vingt-neuf mètres de haut ; le tunnel du Plantis des Neuf Puits, cinq cents mètres creusés à dix-sept mètres sous la surface ; le pont-siphon de la Berlingue, qui amène l’eau dans la ville par-dessus la vallée finale. C’est l’aqueduc du faste urbain.
Le troisième aqueduc — 2010, surprise archéologique
En 2003, Jean-Louis Hillairet et la Société d’archéologie et d’histoire de la Charente-Maritime (SAHCM) reprennent la prospection. Sept ans plus tard, en 2010, ils identifient un troisième aqueduc, construit directement au-dessus du premier.
Les datations et la technique le rattachent au IVe siècle : les moellons ne sont plus liés à la chaux, mais à la terre. On voit là ce que trois siècles d’instabilité ont coûté — invasions, perte du savoir-faire, moyens restreints. L’eau, elle, reste indispensable.
Soixante-dix mètres ont été dégagés à ce jour, et une quatrième source, la Font de l’Échalle dans le vallon des Pendants, est suspectée d’avoir alimenté un tronçon distinct.
Les relevés 3D que publie Vincent Miailhe continuent de révéler le tracé, comblant peu à peu les lacunes d’un réseau enfoui sous quatre communes.
Le siphon terminal, en plomb, traversait la Charente entre deux châteaux d’eau — l’un rive droite, l’autre rive gauche. Les archéologues situent le château d’eau de réception sous l’actuelle Banque de France, rue Saint-Michel. Au bout de 17 km de canal, l’eau de Vénérand finissait son voyage au cœur de Mediolanum.
— Source : études de J.-L. Hillairet, SAHCM.
Bon à savoir
Point de départ
- La Maison des Aqueducs à Vénérand décrypte tout le reste
- Sans ce passage, les vestiges extérieurs restent muets
Format de visite
- Demi-journée en libre (3 sites + trajets)
- Journée complète avec la visite guidée 3h
- Entrer dans la canalisation : uniquement en visite guidée
Se déplacer
- Voiture recommandée — sites dispersés sur 4 communes
- Boucles rando et vélo 3 à 30 km en cours de balisage
- Pont des Arcs : golf en activité, rester sur les chemins balisés
À anticiper
- Maison des Aqueducs fermée 1er nov. → 31 mars
- Sites extérieurs accessibles toute l’année
- PMR : partiel (3 niveaux, moulin XVIIe s.) — se renseigner OT
Questions fréquentes
Pour aller plus loin
Pour approfondir l’histoire du réseau, ses trois chantiers successifs et les recherches archéologiques en cours.
Ressources gratuites
Immersion dans le tunnel antique avec l’archéologue Vincent Miailhe, reconstitution 3D du réseau.
Page dédiée aux aqueducs antiques de Saintes : synthèse du réseau, contexte historique et références.
Carte interactive du réseau complet, avec points d’intérêt et tracés hypothétiques.
Publications scientifiques issues des campagnes de prospection 2003-2013 et au-delà. Télécharger le dernier volume (PDF).
Ouvrages & visites
L’ouvrage de référence sur les trois aqueducs, leur tracé et les fouilles récentes.
Synthèse des campagnes de prospection ayant mené à la découverte du 3e aqueduc en 2010.
Réservation par téléphone au 05 46 74 23 82 ou en ligne sur saintes-tourisme.fr.
Localisation & itinéraire
Itinéraire suggéré depuis Saintes
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Maison des AqueducsGPS 45.794569, -0.565126
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La Grand FontGPS 45.816917, -0.553245
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Le Pont des ArcsGPS 45.769048, -0.603119
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Thermes de Saint-Saloine, SaintesGPS 45.750871, -0.636679
Vous terminez à Saintes — l’itinéraire boucle le voyage de l’eau, de la source aux thermes.
Après cette visite
Circuit : Saintes gallo-romaine — 1 journée
Aqueducs (Vénérand → Le Douhet → Fontcouverte) → Thermes Saint-Saloine → Musée Archéologique → Amphithéâtre
Voir l’itinéraire complet